SÔNGE

Elle fait partie de la programmation du festival « Les femmes s’en mêlent » qui se déroulera à partir du 23 Mars à Paris. Décrite par la presse comme la nouvelle sensation R’n’B façon « 2.0 », Sônge nous a séduites tant par son approche synesthésique* de la musique que par son univers onirique. Quand on a écouté son titre « Now », on a tout de suite pensé au poivre de Timut, pour son côté parfumé, percutant, un poil acidulé mais long en bouche. On a imaginé une recette qui détournerait son amour pour la junk food, en associant un stick de merlan au poivre de Timut et accompagné par un pesto de coriandre au citron vert. Retrouvez la recette après l’interview.

*La synesthésie est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Pour Sônge, c’est une association de l’ouïe et de la vue.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours musical ? 

J’ai commencé la musique au collège avec ma meilleure amie. On était dans un groupe de percussions africaines et on se réunissait tout les weekends pour apprendre de nouveaux morceaux. Ensuite lorsqu’on était au lycée et qu’on a eu l’âge d’aller en festival, on ramenait nos percussions sur les parkings pour ambiancer les gens.

Je suis partie vivre en Allemagne pendant mes études. J’étais un peu timide et je ne parlais pas très bien l’allemand du coup je sortais peu de chez moi. Mon père m’avait offert une machine pour enregistrer mes sons et je faisais ça dans ma chambre avec un synthé. En face de chez moi il y avait cette tour de télévision, la Fernsehturm, que tu trouves dans toutes les villes allemandes. Je regardais ça et les lumières de la ville la nuit et je faisais du son. C’est à partir de là que j’ai vraiment commencé à faire de la musique toute seule avec de l’éléctronique.

Par la suite j’ai déménagé à Amsterdam, là bas j’ai fait pas mal de rencontres et pour le coup j’étais plus sur un mode d’ouverture. Ces rencontres m’ont inspirées pour les mille ans à venir. J’ai eu l’occasion d’aller vivre un mois au Népal et ça m’a pas mal marqué. J’ai également vécu en Belgique pendant un temps et une fois que je suis rentrée en France je me suis décidée à faire de la musique au conservatoire.

 » en face de chez moi il y avait cette tour de télévision, la fernsehturm […] je regardais ça et les lumières de la ville la nuit et je faisais du son. »

Pourquoi avoir choisi « Sônge » pour désigner ton projet ? 

Je suis très inspirée par les contes et les mythologies, j’achète beaucoup de bouquins mais c’est mon copain qui me les lit le soir. Je suis intéressée par les contes notamment éthiopiens, maghrébins… Quand j’étais à la fac on avait étudié Wagner qui avait fait tout un opéra sur une légende nordique avec des dieux, des demi-dieux, des walkyries, des filles qui habitent sous l’eau et tout ce monde là qui gravitait autour d’un trésor, d’une malédiction*. Je trouvais ça génial de mettre ça en musique pour un opéra qui dure trois jours. J’aime bien m’inventer des histoires, j’ai composé quelques morceaux issus d’un conte que j’ai inventé. Dans les morceaux de l’EP, il n’y en a qu’un qui figure. Les autres morceaux de l’histoire sont dans le concert.

*La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.

Tu as co-produit une partie de tes titres avec Sayem (producteur de musique électro), que retires-tu de cette collaboration?  

J’ai tout composé. Une fois mon morceau fini, je suis allée chez lui et on a enregistré la voix. Je fais de la musique à partir de mon ordinateur du coup c’est un peu froid. Il a su rajouter ce côté plus organique avec son minimoog (synthétiseur analogique), Il m’a apporté cette science des synthés parce qu’à la base je viens plutôt de cette génération plug-in.

Après je pense que de manière générale, dès que tu travailles avec quelqu’un, ça te pousse à aller plus loin. Ici c’était très bénéfique parce que pour finir c’était deux fois plus d’idées. Mais travailler avec quelqu’un est quelque chose qui m’angoisse, car les compositions sont quelque chose d’intime, et c’est toujours difficile de composer quand il y a quelqu’un qui est là et qui t’observe. C’est aussi lié à une question de timing parce que quand je compose chez moi je prends le temps de faire les choses.

Concernant tes deux clips « Now » et « Colorblind », est-ce que tu avais quelque chose de précis en tête ?       

Je pense qu’il faut toujours avoir une idée précise en tête sinon tu prends le risque d’aboutir à quelque chose que tu ne veux pas forcément. J’avais défini les couleurs, les vêtements, les ambiances pour les deux. C’était important pour moi.

Est-ce que tu as la même démarche pour la scène ?     

La seule différence avec la scène, c’est que jusqu’à présent j’ai peu fait appel à d’autres gens. J’aimerais bien collaborer avec des designers pour créer des éléments scénographiques sur-mesure. Avant j’avais une grosse installation lumière que j’avais fabriquée, et qui avait un côté science-fiction. Ça me donne un peu l’impression d’être dans Matrix. Dans l’idée j’aimerais beaucoup travailler cet aspect là avec des designers, notamment sur la partie lumière. Des gens qui viennent de l’art plastique pour faire des installations en volume. Sinon je porte des lunettes magiques sur scène, la Luminette, qui m’avait été conseillée par le médecin et que tu portes le matin au réveil. Elles te soulagent le cerveau avec la lumière que tu reçois dans les yeux. Quand tu vas te coucher le soir, tu dors mieux.

Tu as joué pendant un défilé de mode, y a t-il d’autres projets qui pourraient te plaire comme composer pour un film, une pièce de théâtre par exemple ?  

Il y aurait sûrement des projets qui pourraient me plaire oui. Là, avec les compos pour mon album,  je n’ai pas vraiment le temps.

Dans l’idée j’aimerais bien créer une MPC à lumières. Cette idée me vient de Skriabine, un compositeur du début du 20ème siècle, synesthète. Il voulait créer un piano à lumières et faire un concert événement autour de ça avec des parfums.

J’ai 16 pads sur ma MPC et sur chacun j’enregistrerais tel ou tel accord ou mode. Par exemple le mode de fa je le vois argenté, ou le mode de ré, très utilisé par Coltrane, je le vois vert. Le Locrien, le mode de si, est très lugubre. Au Moyen Âge ils coupaient les têtes des gens qui jouaient cet intervalle! Du coup celui-ci je le vois mauve. Alors que les autres modes sont ceux qui sont acceptés par nous, ceux qu’on peut écouter. Chaque mode correspondrait à une couleur particulière.  Quand tu touches un des pads, ça projette de la peinture sur un papier ou sur un écran. J’aimerais bien développer ça.

« le locrien, le mode de si, est très lugubre. au moyen âge ils coupaient les têtes des gens qui jouaient cet intervalle! du coup celui-ci je le vois mauve. »

Si on remplaçait la couleur par le goût pour aller avec ta musique ou une de tes chansons, ce serait quoi?      

Il pourrait y avoir quelque chose de cotonneux, quelque chose de moelleux, après ça dépend du morceau. « Now » c’est plutôt quelque chose de très fourni alors que « I Come From Pain » c’est plus minimaliste.

Quels sont tes guilty pleasures en musique et en cuisine ?  

PNL pour la musique. Côté cuisine je n’ai que des guilty pleasures, comme la pizza, les bonbons…

https://youtu.be/MkLwXJ9Isls

STICKS DE MERLAN AU POIVRE TIMUT, PESTO DE CORIANDRE ET CITRON VERT

Ingrédients (pour 4)

Pour les sticks :

  • 250 g de filet de merlan sans la peau
  • 250 g de pommes de terre Bintje (ou autre pour purée) pelées et coupées en morceaux
  • 15 cl de lait
  • 1 petite cuillère de poivre Timut broyé
  • 1 pincée de poivre blanc moulu
  • Chapelure « Panko » japonaise
  • 1 oeuf
  • Huile de friture
  • sel

Pour le pesto :

  • 1 grosse botte de coriandre
  • 1 filet d’huile d’olive
  • le jus d’1/2 citron vert
  • une dizaine d’amandes pelées
  • 1/2 cuillère de sriracha (ou pâte de piment)
  • sel

1- Allumer le four à 195°C, mettre le poisson dans un plat, couvrir avec le lait, ajouter une pincée de sel, couvrir d’une feuille d’aluminium et cuire pendant 15mn.

2- Mettre les pommes de terres dans une casserole d’eau froide salée, et cuire 15mn à partir de l’ébullition. Vérifier qu’elles soient bien cuites, et les égoutter.

3- Écraser les pommes de terre à la fourchette, ajouter le poisson cuit (après en avoir retiré les arêtes), et les épices. Au besoin, ajouter un peu du lait de cuisson du poisson pour que le mélange soit onctueux. Assaisonner et réserver au frais.

4- Dans un blender, mixer la coriandre effeuillée, les amandes, l’huile, le jus de citron vert et le sriracha, goûter, et rectifier l’assaisonnement. Réserver.

5- Faire chauffer l’huile de friture dans une casserole ou friteuse. Pendant ce temps, battre un oeuf dans un bol, et mettre la chapelure dans un plat creux. Façonner les bâtonnets de poisson, les tremper dans l’oeuf, puis les couvrir uniformément de chapelure. Quand l’huile est à 180°C, les faire frire jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés. Laisser reposer sur du papier absorbant.

6- Servir les sticks chauds, accompagnés du pesto !