LOCAL NATIVES

On a rencontré Taylor Rice des Local Natives avec qui on a parlé musique, fromage, et élections américaines. Voici l’interview et la recette qu’elle nous a inspirée.

Vous êtes cinq membres dans le groupe. On vous a entendu dire que vous travailliez de façon démocratique. Comment ça marche pour vous ?

C’est vraiment difficile de travailler en démocratie (rires). Nous sommes trois compositeurs et trois chanteurs dans le groupe, donc parfois ça veut dire des périodes de conflit, mais je pense que pour cette même raison c’est une relation qui est riche et spéciale. C’est un équilibre compliqué, entre nos différents egos, les apports des uns et des autres. Mais quand on se réunit on arrive à créer quelque chose qu’aucun d’entre nous ne pourrait créer seul de son côté. Donc c’est du travail mais c’est aussi génial.

Comment ça marche concrètement ? Pour la création de votre nouvel album par exemple ?

Pour nos deux albums précédents, on était cinq musiciens dans une même pièce, le groupe en entier dans un seul endroit pour créer un album. C’est génial, mais c’est aussi très lent comme processus. Cette fois-ci on a voulu changer, on a essayé de travailler seuls ou par petits groupes en amont, ce qui nous a surement donné une plus grande liberté et la possibilité de nous ouvrir à des influences plus variées. L’un de nous pensait « tiens, j’aimerais bien une influence R’n’B pour ce titre », ou un côté plus électro, donc on a composé chacun de son côté, et ça a vraiment permis de développer notre créativité, on a composé trois fois plus de titres que pour les deux albums précédents.

Ensuite, chaque titre a suivi le même processus, on a présenté nos chansons aux autres, voir s’ils les aimaient, les convaincre de leur potentiel, échanger des votes, puis on les a retravaillées par petits groupes, puis avec le groupe en entier. Les titres qui ont tenu tout ce processus de sélection ont été présentées à nouveau au groupe en entier, et au final tous les titres de l’album sont ceux qui ont fait l’unanimité.

« À un moment on s’est demandé ce que pourrait donner un croisement entre Madvillain et Fleetwood Mack, comment ces influences pouvaient se marier ? »

Tu as parlé de nouvelles influences pour ce nouvel album ? Pourrais-tu nous préciser lesquelles ?

Un exemple pourrait être la musique de John Hopkins. Il a réellement créé un monde autour de la musique électronique qui est vivant, fantastique et qui respire, c’est un excellent exemple de ces nouvelles influences. Des influences hip hop aussi. À un moment on s’est demandé ce que pourrait donner un croisement entre Madvillain et Fleetwood Mack, comment ces influences pouvaient se marier ? On voulait vraiment intégrer nos différents goût musicaux au projet. J’aime beaucoup Kendrick Lamar par exemple, il y a plein d’autres exemples, mais ceux-là sont assez représentatifs.

Est-ce que le fait d’intégrer de la musique électro dans le nouvel album était un choix qui coulait de source pour vous ?

Ce n’était pas réellement une évidence au début. Je crois qu’on a vraiment développé ça en expérimentant. Ryan est celui avec le profil le plus audiophile et « producteur » d’entre nous. C’est lui qui a trouvé tous ces samples, qui vont de la musique soul des années 60 aux albums de hip hop d’aujourd’hui en passant par la musique rock des années 70. C’est comme s’il piochait du son d’un peu partout et il est vraiment très doué pour ça. Quand j’écris un nouveau titre, j’adore le lui montrer, il peut lui apporter un univers auquel je n’aurais jamais pensé.

Vous êtes cinq à travailler sur ce projet musical depuis des années. Qu’est-ce qui vous pousse à être encore motivés à travailler ensemble ?

Ça peut être difficile en effet. J’ai rencontré plusieurs groupes pendant nos tournées, et chacun a une dynamique un peu dingue, je crois que c’est une réalité pour tous. Je pense qu’une des belles choses de notre groupe est qu’on fonctionne un peu comme une famille, on s’aime vraiment les uns les autres, et on se respecte. C’est un peu comme une relation où tu serais à la fois marié, colocataires, collaborateurs et associés. Tout est regroupé, et c’est un effort de créer cette communication entre tous, de comprendre qu’on est tous différents mais essayer quand même d’être en phase les uns avec les autres. En gros, c’est un peu comme un mariage à quatre autres personnes, et il faut toujours travailler dessus. Mais ce qui compte, c’est cette solidarité entre nous, et le respect qu’on se porte, en tant que musiciens mais aussi en tant que personnes.

« Ce n’était pas un album heureux et naïf, je pense qu’il découle plutôt de toutes ces raisons pour lesquelles nous devons choisir d’être optimistes. »

En écoutant l’album, on a senti un optimisme qui relevait plus d’un choix conscient, et peut-être d’un choix difficile ?

Oui, c’est exactement ça. Pour remettre en contexte, Hummingbird, notre album précédent, était un peu une catharsis, il traitait de sujets plus sombres, liés à une période plus compliquée dans nos vies personnelles. C’était un disque plein d’espoir mais quand même assez sombre. On l’a joué en tournée tellement longtemps qu’on a fini par en venir à bout. On a fini la tournée, on a retrouvé LA et un environnement très créatif, ouvert, et toute cette excitation a surgi. Aujourd’hui je crois qu’on regarde le monde différemment, on le voit comme cet endroit complexe et chaotique, cynique parfois, mais aussi rempli de possibilités et d’espoir, et c’est de ce nouveau regard que découle l’album. Et je pense qu’en un jour comme aujourd’hui (deux jours après l’élection de D.Trump ndlr), où nous avons perdu une bataille importante, on peut se sentir en colère, ou triste, mais que ce sentiment d’optimisme est plus important que jamais. Beaucoup d’entre nous, particulièrement les générations plus jeunes, avons une vision progressiste du monde, qu’on aimerait plus ouvert, donc je pense qu’il reste de nombreuses raisons d’être optimistes, et nous avons beaucoup à faire. Donc non, ce n’était pas un album heureux et naïf, je pense qu’il découle plutôt de toutes ces raisons pour lesquelles nous devons choisir d’être optimistes.

Vos live sont très différents des versions edit de votre musique. Comment ça marche pour vous ? Est-ce que vous y réfléchissez en amont quand vous enregistrez en studio ?

La réponse à cette question est un peu complexe. D’un côté non, on ne pense pas à comment la chanson va être jouée live quand on est en studio. Mettons que j’ai envie d’un choeur du type Beach Boys, à vingt voix, sur une chanson. On a envie de pouvoir le faire sans se soucier de savoir si oui ou non on pourra le refaire en live. Après, d’un autre côté, la scène est une grande partie de notre vie, on a tellement été en tournée que tu apprends forcément des choses, et tu ne peux pas t’empêcher de penser, alors que tu enregistres « tiens, ça, ça va vraiment être génial à jouer en concert ». Bien qu’en réalité, tu ne sais jamais vraiment comment les choses vont se dérouler avant de les avoir jouées, donc tu apprends en chemin, et parfois les réactions du public te surprennent.

Vous êtes de LA, et on lit souvent que vous en représentez la scène Indie Rock. Qu’en penses-tu ?

J’aime vraiment LA, j’en suis fier, et je pense que la ville a eu une influence importante sur notre musique et notre identité en tant que groupe. Donc je porterai volontiers le drapeau de la ville. Après, la case Indie Rock ne me semble pas correcte, enfin elle ne me semble plus vraiment correcte aujourd’hui, Sunlit youth n’est pas vraiment un album Indie Rock mais on nous perçoit comme un groupe de ce genre, tout comme c’est le cas pour d’autres groupes qui ont pas mal évolué. Je pense qu’on se voit avant tout comme des musiciens, et que cette étiquette est un peu dépassée. Aujourd’hui la musique s’est tellement ouverte, est devenue tellement diverse dans ses influences, que c’est devenu un peu un melting pot. Mais peut-être que c’est plus difficile d’écrire sur la musique sans étiquettes.

Quel est ton souvenir de tournée le plus marquant ?

C’est probablement quand on a joué dans le Walt Disney Concert Hall à LA. C’est un bâtiment de Frank Gehry, il est incroyable, probablement l’un de mes préférés. C’est là où le philharmonique de LA joue. On a été invités à jouer là-bas et on a passé des mois à créer des arrangements pour orchestre de nos chansons, qu’on a joué avec l’orchestre au complet. C’était un de mes grands rêves, d’y jouer un jour, et c’était un moment vraiment spécial pour moi.

Des souvenirs culinaires en tournée?

Quand tu es en tournée, la chose la plus importante, après les concerts, c’est clairement ce que tu manges. J’adore être à Paris, et une des principales raisons est la nourriture ici. Hier soir on est allés manger au resto, du bon vin, du fromage, de très belles choses, on a pleuré un peu au milieu à cause des élections, et on a re-mangé du fromage. Manger c’est une belle façon de se connecter aux autres, et il y a des moments où tu en as vraiment besoin.

On aime bien demander aux gens quels sont leurs plaisirs coupables en musique et en cuisine, quels seraient les tiens ?

En musique, j’aime vraiment la pop, qui occupe vraiment une place à part. Ça ne m’émeut peut-être pas autant que certains artistes que j’aime, come Nick Cave, que j’adore, mais je tire un truc différent de la musique pop. Du coup oui, tout en essayant de mettre de côté les personnalités de certains, j’aime bien Justin Bieber, ou Katy Perry. J’adore Sia aussi, mais j’imagine que ça me fait sentir moins coupable. En cuisine, j’adore le fromage, surtout en étant en France, j’en mange autant que je peux.

Si tu devais associer une saveur à votre musique, ce serait laquelle ?

Il y a cette chanson de l’album, Dark Days, qui a un côté « feel good », et un bon groove. C’est une chanson romantique, avec un rythme très doux qui file tout le long du titre, ce qui est rare pour nous. Nina Persson des Cardigans est venu poser sa voix dessus. Elle a cette voix romantique et nostalgique, j’adore le ton et la qualité de sa voix. On voulait que la chanson soit un duo, et c’était un rêve de pouvoir travailler avec elle sur ce projet. Je lui ai écrit un email, elle a répondu le lendemain, et a enregistré sa partie dans son studio en Suède. Je suis un vrai bec sucré, et je verrais bien une recette de mousse au chocolat avec.

Pour traduire le titre Dark Days, on a travaillé sur le rythme de la chanson. Une ganache montée qui représente ces voix très suaves et riches est coupée par un caramel aux poivrons acidulé comme les rifs de guitare. Le tout file sur l’assiette avec un biscuit comme accompagnement.

Ingrédients (pour 4 personnes)

  • 150 g de chocolat noir amer
  • 200 g de crème liquide entière
  • 90 g de praliné
  • 40 g de crêpes dentelle
  • 1 petit poivron rouge
  • 2 cuillères à soupe de sucre
  • 2 cuillères à soupe de vinaigre balsamique

1 – La veille, chauffer 60 g de crème liquide entière sans la faire bouillir, et la verser sur 100 g de chocolat noir pour le faire fondre. Une fois le mélange bien homogène (au besoin, réchauffer le tout doucement au bain marie), rajouter le reste de crème et laisser au frais toute la nuit.

2 – Allumer le four à 160° et cuire doucement le poivron rouge sans le brûler, entier avec la peau. Une fois cuit, le peler et l’épépiner, réserver.

3 – Fondre les 50g restants de chocolat au bain marie, ajouter le praliné, puis les crêpes gavottes émiettées. Étaler entre deux couches de papier sulfurisé, et abaisser avec un rouleau à patisserie.

4 – Mettre le sucre dans une petite casserole, et faire chauffer pour en faire un caramel blond. Déglacer avec le vinaigre balsamique et un petit verre d’eau, ajouter le poivron couper en dés, et faire réduire. Quand le mélange est sirupeux, sortir du feu et bien mixer.

5 – Sortir la ganache du frigo et battre comme une chan