BASILE DI MANSKI

Cook that Sound a rencontré Basile Di Manski dont le deuxième EP In Camera, « Dans la chambre » en italien, est paru il y a quelques mois sur le label parisien Pain Surprises. Un EP dont les titres pop nostalgiques empreints d’une dose d’érotisme nous parlent surtout d’amour.

Pour la sortie de ton EP, tu t’es produit dans une chambre de l’hôtel Le Pigalle, dans laquelle tu as successivement reçu des petits groupes de personnes pour leur offrir un concert privé. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui j’ai joué douze heures d’affilée ce jour là. C’était très bien mais assez éprouvant physiquement et je n’étais pas sûr d’arriver au bout mais ça l’a fait.

Chaque petit groupe était différent des autres, le but était de faire quelque chose autour de la notion d’intimité. Les gens arrivaient par groupe de 5 maximum, je faisais un set de 20 minutes pour chacun et j’ajustais en fonction des gens et de ce qui marchait ou non, je parlais à certains et pas à d’autres. C’était une bonne expérience et comme le public était réceptif et que l’hôtel était content, on a renouvelé l’expérience à l’Hôtel Particulier Montmartre. On va aussi essayer de faire une tournée avec le même concept où je joue dans une chambre d’hôtel mais dans plusieurs villes d’Europe. En revanche ce sera un peu moins long parce que douze heures c’est difficile de s’en remettre. Ce serait idéalement en Octobre prochain.

Tu préfères jouer dans un endroit intimiste plutôt que sur scène dans une salle de concert ? 

Quand j’ai pensé à ce concept, jouer dans une chambre d’hôtel, j’étais un peu fâché avec les salles de concert parce que quand tu arrives ça sent la bière, le vomi, l’ingénieur du son fait la tête et tu es payé au lance-pierre. C’est ce genre d’expériences qui m’a un peu vacciné, surtout que je joue seul.

Au fur et à mesure de mon évolution j’ai travaillé avec un genre de coach pour la scène, je suis plus à l’aise et j’ai appris à l’apprécier. J’ai envie de faire des grosses salles donc je pense que je vais en arriver à développer deux formules complémentaires. Une qui reste sur le mode intimiste où je me produis en chambre d’hôtel et une qui soit plus en mode scène.

Quand il s’agit de composer, l’amour et les femmes ce sont tes thèmes de prédilection ? 

Ça l’était au début, j’avais un mood dans lequel j’étais plus créatif et ça tournait toujours autour d’une forme de romantisme, de sentimentalité si on veut. Il y avait quelque chose d’un peu sexuel.

Petit à petit j’ai acquis plus d’outils et je suis plus diversifié dans mes thèmes. J’ai une chanson qui parle de la guerre, une autre d’argent. C’est quelque chose qui n’aurait pas été concevable auparavant. Les chansons qui sont sur In Camera sont des titres qui existent déjà depuis quelques années, que j’ai beaucoup travaillés et que je voulais sortir.

« Je vois des mouvements qui reflètent le rythme, des textures pour le son et des couleurs pour l’harmonie. Ces trois aspects là représentent presque tout mon langage musical. »

Dans ta manière de composer, tu dis associer des couleurs avec des titres. Est-ce que ça relève de ton intuition ou c’est plus une histoire de synesthésie ?

Je n’ai pas une approche musicale de la musique dans la mesure où je vois beaucoup de choses. Je vois des mouvements qui reflètent le rythme, des textures pour le son et des couleurs pour l’harmonie. Ces trois aspects là représentent presque tout mon langage musical. Ça va se traduire par le fait de voir une animation 3D. Ça m’est venu quand j’ai découvert l’électronique où tout est plus imagé et plus détaché du reste. Quand je parle d’amour, je vois du bleu, du turquoise, du vert. Maintenant je vois du rouge, du jaune, je vois presque tout. Bon par contre certaines couleurs m’intéressent moins que d’autres. Tu ne me verras jamais faire une chanson marron foncé.

Tu chantes en français, anglais et italien, comment tu arrives à faire en sorte d’intégrer ces trois langues dans tes compositions sachant que ça ne donne pas la même liberté et aussi par rapport au message et aux émotions que tu veux faire passer ? 

Pour l’instant j’ai un titre ou je chante en italien, et j’ai un titre en français après globalement je chante principalement en anglais.

J’ai écris un recueil de poème donc mon besoin d’écrire en français est satisfait par cette pratique là. Je n’ai pas besoin d’écrire des titres dans cette langue. Je pense aussi que c’est parce que je n’ai pas encore trouvé ma voie. Pour le titre To Lord Byron que j’ai écris en français, j’en suis arrivé après pas mal d’essais à un niveau qui pour moi est neutre . En français, je n’ai pas l’impression d’avoir une façon de chanter qui m’appartienne. Je dois encore y réfléchir, écouter plus de choses. Je n’ai pas une culture très exhaustive de la chanson française et je pense qu’il faut en passer par là et ensuite je rechanterai en français.

Pour l’instant je suis dans cette phase où j’essaie d’approfondir l’anglais, de lire des choses plus soutenues et j’essaye d’écrire des textes plus narratifs. Quant à l’italien ça fait voyager, c’est plus un truc de contexte. Je pense que le français va évoluer de cette manière dans mes chansons.

Ta musique a un côté très nostalgique, certains de tes visuels ont en fond un coucher de soleil, ça a un côté paradis perdu non ? 

Ça faisait partie de cette espèce de feeling un peu primitif qui m’inspirait il y a quelques années et qui a été ma porte d’entrée pour composer. Après la musique a une fonction un peu thérapeutique, je suis plutôt anxieux donc elle me permet de retrouver une forme de sérénité, de paradis qui n’existe pas dans ma vie. Pour moi une bonne chanson c’est quand je me sens mieux dedans que comme je me sens dans la vie.

Tu as réalisé un calendrier de charme avec la photographe Alice Moitié dont le côté kitch et décalé nous a bien plu. Comment en es-tu arrivé à ce projet ?

À la base j’avais envie d’inspirer mon image des crooners des années 70 et 80, qui sont des icônes de la virilité et de la masculinité. J’avais très envie de les détourner, j’aimais bien le côté décalé. J’ai soumis l’idée à mon label qui a rebondi avec l’idée du calendrier et j’ai trouvé ça marrant. D’autant plus que quand tu vois le vacarme visuel qu’il y a autour de nous aujourd’hui, je pense que quand tu veux commencer un projet, il faut faire quelque chose de fort sinon tu passes inaperçu. Après c’est quelque chose dont je vais m’éloigner avec le prochain EP.

Est-ce que tu as d’autres projets d’albums ? 

Je travaille sur pas mal de titres quand j’ai le temps et je pense que je vais sortir quelque chose au mois de juin. Je suis toujours très prolifique lorsqu’il s’agit de sortir quelque chose ex nihilo mais au moment de le terminer j’aimerais bien le sous-traiter. Il faudrait quelqu’un qui incarne une figure d’autorité, qui rende l’énergie brute de ce que j’aurais sorti et qui face en sorte que ce soit un produit fini. Je le ferai le jour où on me dira que quelqu’un comme Phillippe Dark le finira par exemple.

Je trouve qu’il y a quelque chose d’un peu vil dans le fait de passer trop de temps sur les détails. J’aime bien qu’on entende la chanson, l’atmosphère, une ébauche de texture c’est suffisant.

« Pour moi il y a des fréquences gustatives comme des fréquences sonores. Ma musique serait comme un plat de pâtes italiennes, quelque chose de construit mais quelque chose qui peut aussi venir vite avec un peu d’ail et d’huile d’olive ! »

Si tu devais associer ta musique à un plat/une saveur, ce serait quoi ?

Je vois beaucoup de parallèles dans le mix et dans le goût, les deux organisent des événements dans l’espace et dans le temps. Il y a des saveurs un peu annexes dans le mix que tu calles à droite comme le charley ou comme un élément de batterie un peu discret par exemple. Après tu as des sons plus denses ou plus médium. Pour moi il y a des fréquences gustatives comme des fréquences sonores. Ma musique serait comme un plat de pâtes italiennes, quelque chose de construit mais quelque chose qui peut aussi venir vite avec un peu d’ail et d’huile d’olive !

Pour finir quels sont tes plaisirs coupables en terme de musique et de nourriture ? 

En cuisine, j’aime bien les kebabs ou les pizzas en bas de chez moi qui ne sont pas faites par des italiens. J’aime bien que ça aille vite et que ce soit « cochon ». Côté musique, j’adore Jovanotti qui rap en italien, la musique des films érotiques des années 90. Le meilleur de tous reste Serenate Rap de Jovanotti.

LINGUINE AU SAUMON, PAMPLEMOUSSE

Pour accompagner la musique de Basile di Manski, nous avons imaginé une recette de pâtes dont les saveurs viendraient se poser, comme des couches successives, chacune plus ou moins marquée. Du saumon mariné dans une réduction d’échalotes au pamplemousse, riche et amère, peperoncino, et une touche de zeste de citron. Voici la recette:

Ingrédients (pour 4)

  • 500g de linguine
  • 300g de saumon frais sans la peau
  • 3 échalotes
  • 2 dents d’ail
  • Le jus d’un pamplemousse
  • 1 petit piment rouge
  • 5cl d’huile d’olive
  • Le zeste d’un citron

1- Ciseler les échalotes finement. Faire revenir la moitié d’entre elles à feu doux avec un peu d’huile d’olive. Vers la fin de cuisson, ajouter l’ail ciselé.

2- Déglacer au jus de pamplemousse, laisser cuire à feu doux une ou deux minutes pour que l’ensemble caramélise très légèrement. Sortir du feu.

3- Verser le tout dans un bol, et ajouter le reste des échalotes crues, l’huile d’olive, le piment rouge ciselé (sans les graines), bien mélanger et assaisonner.

4- Ajouter le saumon coupé en petits dés et laisser mariner au frais.

5- Cuire les linguine dans une grande casserole d’eau bouillante salée, puis mélanger avec la marinade de saumon. Au moment de servir, ajouter une pointe de zeste de citron.