3SOME SISTERS

Il y a quelques semaines, nous sommes allées à la rencontre des 3SomeSisters.

Entre chants religieux, percussions et éléctro-pop, le talentueux quatuor sait marier ses influences. Leur univers artistique s’exprime à travers une approche globale. Leur musique, leur image, leurs mises en scènes, tout est matière à transmettre un message affirmé. Rencontre avec des divas à l’humour décapant. 

Votre projet est assez complexe et tentaculaire, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

3SomeSisters, nous sommes quatre et on n’est pas vraiment des sœurs donc on a quelques tentacules en moins. Notre musique englobe tradition et modernité. On a un terrain de jeu autour des musiques traditionnelles avec un côté un peu tribal/ethnique qu’on essaie de présenter de façon moderne. On utilise des structures un peu pop, avec un travail autour des sons électroniques. Le fil rouge du groupe reste l’accent sur la polyphonie, il y a trois voix dans le groupe et c’est ce qui fait le lien entre cette tradition et cette modernité.

Vous avez trois voix qui pour nous sont très différentes les unes des autres.  Quels sont vos parcours respectifs ?

Bastien : Je chante depuis que je suis tout petit, après j’ai une formation au SIAM de Bordeaux qui est une école de musique actuelle et de Jazz où j’ai embrassé plein de style.  Je viens de la Réunion et donc j’ai aussi eu une approche traditionnelle avec la musique Maloya. Au SIAM j’ai exploré plusieurs styles. Mon parcours est plus proche du jazz et de la soul même si j’ai fait pas mal de choses.

Florent a pris des cours de baroque avant d’intégrer le SIAM donc il a aussi cette tentacule. On s’est rencontrés au SIAM et on a collaboré sur pas mal de projets dans des groupes de soul, de jazz, de gospel où il y a aussi de la polyphonie.

Sophie : Mon parcours avec la voix est arrivé après mon parcours avec l’instrument. J’étais d’abord pianiste et naturellement j’en suis venue au chant. D’ailleurs j’ai commencé par prendre des cours avec Bastien qui était mon prof au départ. Je n’ai pas fait de formation spéciale, ni une formation lyrique, jazz ou gospel. J’ai appris sur le terrain.

Bastien : Une nouvelle tentacule !

Avant de commencer 3SomeSisters, vous aviez fais des reprises de tubes des années 90. Vous avez un top trois ? 

Bastien : Je pense qu’on a chacun un top 3. On a pris beaucoup de plaisir à faire ces reprises. Il y a des morceaux qu’on n’aimait pas forcément au début et qu’on a justement aimé tordre et refaire. Il y’en a d’autres sur lesquelles on allait danser et qui nous plaisaient bien à l’époque.

Sophie : « Free From Desire », Gala.
Anthony : « I got the power. »
Bastien : « I got the power », carrément !
Sophie, Bastien : « What is love. »
Sophie : « Rythm of the night. »
Anthony : « I’d like to move it. »
Sophie, Bastien : « The jam. »
Bastien : Vous en vouliez trois ? 😉

Dans votre manière de composer vous avez une répartition des rôles un peu définie ?

Sophie : Jusqu’à présent on a beaucoup travaillé tous les quatre. Après il y a des chants dans lesquels on a chacun notre facilité et nos qualités.

Bastien : Parfois on part de rien et on crée ou bien on part d’une idée de l’un de nous qu’on triture ou pas, qu’on développe et qu’on façonne à l’image du groupe.

D’où vient ce désir de créer une identité visuelle aussi forte que ce soit dans vos clips ou lors de vos apparitions sur scène ?

Bastien : À la base et même quand il a fallu trouver un nom on s’étaient inspirés de tous les groupes avec de la polyphonie comme les Scissor Sisters, les Puppini Sisters etc… Du coup on avait envie de prendre ce truc là qui nous faisait marrer. L’idée c’était prendre le contrepied sans avoir ce côté « jazzy smart » car nos arrangements l’étaient au début. On voulait un truc décalé qui fait écho à notre goût pour le show. On est influencés par lesDavid Bowie, Queen et Bjork et leurs consorts. C’est quelque chose qui est resté quand on a fait nos compositions et on voulait que nos tenues traduisent notre musique. On a donc fait appel à quelqu’un dont c’est le métier parce qu’avant on faisait tout nous même, donc c’était un peu plus compliqué à cibler. Notre proposition faisait écho à ces groupes avec ce côté glam. On a demandé à Lia Seval qui est le bras droit de Castelbajac. Elle est graphiste et un peu couteau suisse !

Comment avez-vous travaillé avec elle pour la création des tenues ?

On l’a contactée et on lui a fait un moodboard avec des mots clés de ce qu’on voulait traduire de notre musique pour qu’elle puisse s’en servir visuellement. Notre musique lui a parlé. Grâce au moodboard et aux mots clés elle a tout synthétisé pour faire quelque chose de « streetwear écclésiastique » ou « écclésiasstreet », « ethnoglam ».

« lia seval a tout synthétisé pour faire quelque chose de « streetwear écclésiastique » »

Cette combinaison paraît complètement opposée au premier abord et qui en fait a plein de points communs.  Dans le traditionnel et l’écclésiastique il y a toujours ces vêtements un peu oversize non genrés. Finalement ce sont des robes ou des tuniques même pour des hommes qui ont cet aspect un peu cross-gender. Dans le streetwear qui est aussi un peu oversize, il y a du bling bling. Elle a donc su traduire tout ça et nous proposer quelque chose qu’on a beaucoup aimé. C’est le deuxième set de tenues qu’elle nous a fait.

Il y a un côté très mise en scène dans vos spectacles.  Y-a t’il une envie de faire quelque chose d’un peu total ou c’est pour vous mettre dans vos personnages ?

Bastien : Tu as dis le mot, on a envie. Ça fait vraiment écho à pas mal de choses qu’on aime nous en tant que personne, et puis nous même dans la façon de délivrer notre message, c’est quelque chose qu’on apprécie particulièrement. J’imagine qu’on arrive tous à délivrer un message sans ça, mais je pense que cette proposition participe à l’incarner autrement.

« j’imagine qu’on arrive tous à délivrer un message sans ça, mais je pense que cette proposition participe à l’incarner autrement. »

Sophie : On adore danser et avoir la possibilité en incarnant des personnages de casser toutes les barrières qu’on pourrait avoir.  La manière de le justifier c’est d’avoir un visuel un peu plus extravagant ou une esthétique un peu plus hors norme qui justifie ces comportements. En fait tout est lié c’est juste qu’on aime se grimer, on a le goût du théâtre, de la danse et de la mise en scène.

Bastien : On aime le show !

Comme pour les paillettes inspirées du théâtre Kabuki ?

Sophie : Au départ ce qu’on avait c’était le maquillage avec une déformation des traits du visage où on reprenait le nez, les lèvres. Ça c’est très kabuki. Quand on est passé à la phase deux avec les tenues en jean on s’est dit qu’il fallait quelque chose de plus léger mais qui rappelle un peu cette idée de masque. Au départ on avait les gommettes qui reprenaient tout le visage. Puis on a simplifié un peu sur scène pour des raisons de préparation. Ça marche aussi très bien avec les lumières.

Bastien : Y’a eu un vrai travail sur la lumière. On a eu la chance de travailler avec quelqu’un qui nous suit, qui est dans notre équipe. Le miroir c’est aussi une idée de Lia qui a fait notre EP Rope où l’on peut voir cette mise en abîme avec un miroir.

Clip

Vous êtes bien entourés ?

Sophie : Pour ce qui est du son, de la lumière, du booking c’est très cool on est entourés des bonnes personnes. Ce sont ces personnes qui ont permis de faire en sorte qu’on arrive à faire ce qu’on veut, parce qu’on est un groupe encore en développement et quelque part ce qu’on propose est très ambitieux. Faut que ce soit réalisable avec des petits moyens.

Comment vous choisissez les gens avec qui vous travaillez ?

Bastien : Lia Seval on l’a rencontrée lors d’un show à Séville et elle nous a prêté des pièces qu’elle avait déjà. C’est comme ça que la collaboration a commencé et qu’elle s’est transformée pour aller plus loin dans la création sur mesure.  Pour les autres personnes avec lesquelles on collabore, c’est pareil ça se construit au fur et à mesure. On est en discussion avec des labels, notre entourage continue de grandir.

Il y a quelque chose qui nous plaît beaucoup dans votre projet qui rejoint cette idée de par delà les genres. Cette idée de création un peu libre…

Florent : On ne se positionne pas d’une façon claire et ferme. Ça suscite le questionnement comme quand un garçon a des attitudes féminines, ça suscite des réactions. On a déjà eu des réactions agressives.

« on ne se positionne pas d’une façon claire et ferme. »

Vous avez déjà été face à des gens qui ne comprenaient pas votre projet ?

Sophie : Oui, ça a pu agacer certaines personnes.

Florent : On a eu des retours un peu agacé dans un premier temps, puis il y a quelque chose qui fédère au bout d’un moment parce qu’on utilise pas non plus une recette inédite. Les genres mélangés font parti de projets actuels comme traditionnels.

Du côté de la scène, vous travaillez en amont les personnages, votre gestuelle ?

Bastien : C’est plus de l’ordre de la ligne directrice, on travaille en amont autour de différents tableaux. On essaye de s’imprégner du sens et de ce qu’on veut raconter que ce soit dans la façon de vivre sur scène ou de bouger.

Sophie : On a chacun travaillé notre personnage en fonction de ce qu’on a pu voir sur scène. Il y a un travail personnel et de groupe.

Florent : On est sœurs donc c’est normal si vous voyez des ressemblances et des mimiques.

Bastien : Je leur ai dit qu’on n’était pas sœur avant que tu arrives…

Sophie : Le but c’est d’avoir une unité. C’est ce qui se dégage de toutes façons quand les gens nous voient la première fois avant de distinguer les détails.

Vous en êtes où dans votre phase de conquête du monde ? 

Bastien : On travaille sur la suite avec des nouvelles compositions qui vont arriver et qui seront un outil de plus pour conquérir le monde ou les chartz !

Florent : Et puis Trump aussi, il fait parti de notre stratégie. Notre projet c’est un gros putch pour dégager Trump.

Si vous deviez associer une saveur à votre musique ou à une chanson qu’est-ce que ce serait ?

Florent : Sucré-salé, des contraires qui s’attirent et qui forment un tout.

Quels sont vos guilty pleasures en musique et en cuisine ? 

Sophie : Moi c’est le tarama mais attention le tarama industriel. Je peux me faire toute une baguette avec ça.

Bastien : Moi c’est le nutella, d’ailleurs je n’en achète pas sinon c’est compliqué.

Florent : Bon courage pour l’association nutella et tarama. En fait moi j’adore mélanger le nutella et le tarama mais avec une bonne baguette bio . Musicalement, je vois un truc très sucré et indus.

Sophie  : Katy Perry?

Florent : Katy Perry elle n’est pas du tout indus.

Bastien : Moi c’est Sia, elle est plus mainstream aujourd’hui. C’est celle qui se rapproche de la recette bourrée de conservateurs mais qui a un fond qui peut nous parler.

Sophie : Moi je préfère Céline Dion. Je trouve ça très qualitatif. J’arrive pas à la placer dans l’indus sucré.

Autre chose à ajouter ?

Oui on joue à la Philharmonie de Paris le 11 juin 2017 !  

Pour accompagner l’esprit transgenre des 3some Sisters, on a composé une recette de pickles de navet pané, à mi-chemin entre entrée et dessert. Un mélange de sucré, salé, acide et amer, parfumé comme il faut et tout en contrastes.

Ingrédients (pour 4 portions)

  • 4 petits navets
  • 1 poire comice
  • 600g de vinaigre de cidre
  • 300g de sucre
  • 3 cuillère à soupe d’huile d’olive
  • 2 cuillère à soupe de sirop d’érable
  • 1 cuillère à café de cacao
  • 3 cuillère à soupe d’avoine
  • 2 cuillère à soupe de noisette concassées
  • sel marin

1 – Verser 2L d’eau dans une casserole, y ajouter le vinaigre, le sucre, et une pincée de sel, faire porter à ébullition. Ajouter les navets et la poire pelés, et faire cuire à courts bouillons jusqu’à ce qu’ils soient tendres. Réserver dans le jus.

2 – Pour faire la panure, mélanger l’huile, le sirop d’érable, le cacao, l’avoine, et les noisettes dans un bol avec une pincée de sel marin. Préchauffer le four à 190°C. Faire cuire le mélange une dizaine de minutes dans un plat allant au four et en remuant de temps en temps.

3 – Faire refroidir la panure et en recouvrir le navet après l’avoir essuyé. Servir avec un quart de poire sur laquelle on peut appliquer un peu de miel au pinceau.